Friday, January 16, 2026

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                                    ​CHAPITRE 16 : 



L'ALCHIMIE DU MÉPRIS

C'est noté. Voici une version corrigée et unifiée de votre récit, tout en conservant votre style authentique et l'intensité de vos émotions. J'ai fluidifié le texte pour que le lecteur ressente bien cette urgence dans l'avion et la mélancolie du retour.

​Récit : Le crash virtuel

​Dans l’avion, au moment de brancher mon cellulaire, l’écran est devenu tout gris, soudainement rempli d’écritures coréennes. Impossible de le mettre en mode avion, et encore moins de l’éteindre. Les agents de bord, trop occupés par l’embarquement, étaient inaccessibles. C’était sérieux : la peur que toute ma vie disparaisse d’un seul coup m’a envahie. Mes photos de voyage, mes souvenirs de safari, et surtout mes nombreuses chansons — plus de 90 au total — tout allait s'effacer. J'avais l'impression que j'allais moi-même disparaître.

​Assise dans cet appareil, la torture de la réalité était intense. Entre un téléphone en train de rendre l'âme, les images incroyables de mon safari et une dérive vers la fiction de mes amours ratés, j'ai senti l'univers me couper drastiquement de mon monde virtuel. Ma vie venait de basculer. Pour faire le vide, j'ai pris mon sac brun et je me suis défoulée sur le kilo de biltong de wagyu pendant mes 19 heures de vol.

​J’ai fini par en avertir l’agent de bord au moment où il m’apportait mon plateau. C’est peu dire qu’il avait l’air de s’en foutre. C’était invraisemblable. Je lui ai dit que je voulais parler au superviseur : mon téléphone fonctionnait parfaitement avant que je ne le branche dans la prise de United Airlines. S’il était « capout », je voulais une compensation. Il était inacceptable de perdre mes chansons, mes photos et, bien sûr, le numéro d’Andy. On ne peut pas couper un cœur du jour au lendemain, comme un boucher le ferait avec un cœur de bœuf !

​Croyez-le ou non, ils ont attendu que je m’endorme enfin pour venir me réveiller. Merde ! Constatant que l’appareil était bel et bien bloqué sur cet écran gris coréen, ils m’ont prêté leur propre chargeur, espérant que cela le remettrait « de bonne humeur ». Je cherchais mon sac de biltong, ma caméra… je me consolais en me disant qu'au moins, j’avais un back-up pour mes photos.

​Arrivée à la maison, j’étais heureuse de raconter mon périple en Afrique du Sud et de jeter mes autres déceptions aux oubliettes. L’automne s’était installé ; les feuilles rougissaient petit à petit. Je m’occupais avec la fermeture du jardin, mais une fois assise dans ma chaise Adirondack, face au coucher du soleil, les larmes coulaient. Il fallait se rendre à l’évidence : c’était un sacré voyage, et j’étais heureuse d’être revenue en un seul morceau.

​L’amour n’avait jamais vraiment été au rendez-vous dans ma vie, à part quelques rares occasions : un cocaïnomane, un Anglais qui se traînait les pieds, un Australien macho, un Français marié qui voulait m’épouser, ou encore ce Croate kidnappé juste avant nos fiançailles à Noël… Finalement, je me trouvais chanceuse d’avoir pu m’amuser encore un peu à mon âge.

​Je me perdais corps et âme dans l’écriture de mes chansons. Elles me bouleversaient, me meurtrissaient, mais c’était ma thérapie. L’écriture procure des moments si profonds qu’on ne trouve la satisfaction qu’en éternisant ses sentiments dans des mélodies, comme mes comédies musicales Tanger ou Vittoria de l’amore — des œuvres monumentales pour moi.

​Et Andy… un jour, toujours. Allais-je lui pardonner ? Ma solitude allait-elle me pousser à chercher un peu de baume pour mon cœur de femme blessée ? Allais-je chercher d’autres aventures ou tenter de recontacter Bon Jovi ? Je pense qu’avec ce livre, les vrais — Bon Jovi, Keanu, Bryan, Criss, Aerosmith, Josh — comprendront que le marketing des faux comptes ne fait qu’aggraver le manque de respect envers les fans et l’amour sincère qu’ils portent à leurs vedettes. Quant à Andy, je ne savais toujours pas ce qu’il tramait.



​L’automne s’était installé au Québec, peignant les feuilles de dégradés rouges et orangés. À mon retour d'Afrique du Sud, j'aurais dû savourer la paix de ma maison, mais la torture de la réalité m'avait suivie dans l'avion. Je revoyais sans cesse cet écran gris de United Airlines, rempli d’écritures coréennes, menaçant d'effacer mes photos de safari et mes 90 chansons. C'était comme si l'univers tentait de supprimer mon existence même.
​Assise dans ma chaise Adirondack, je tentais de faire le vide en fermant le jardin pour l'hiver. Mais le silence de la nature était constamment brisé par les vibrations de mon téléphone. Le contact avec Andy était devenu plus que houleux.
​Lui, cet amoureux bizarre, s’était transformé en juge. Il me blâmait sans cesse d’être partie en Afrique du Sud. Il était furieux que j’aie utilisé mes rentes de professeur — ce pécule durement gagné après des années de service au Québec — pour m’offrir enfin cette évasion. C’était mon argent, le fruit de ma carrière, mais il en était jaloux. Il me reprochait de ne plus participer à son « bien-être » et de dépenser une fortune pour moi-même au lieu de la garder pour lui. Selon son discours, j’aurais dû privilégier son « sauvetage », financer sa sortie de la Marine pour qu’il puisse enfin venir me rejoindre au Canada, comme il le prétendait sans cesse. Mon voyage était, à ses yeux, une trahison envers ses besoins à lui.
​Ses messages étaient un mélange toxique de philosophie de comptoir et d'agressions verbales. Il m’écrivait : « Love scares us all… my love for you isn’t a prison », pour ensuite me traiter de démon qui « drainait son énergie » (demon farming) simplement parce que je ne comprenais rien à son cirque. Il me réclamait de l’argent pour réparer une carte eSIM, tout en me menaçant de trouver « quelqu'un d'autre » si je ne l'aidais pas. Entre deux vidéos ridicules, il revenait avec un « I’m sorry, I’m lost without you ».
​Sur le coup, j’effaçais tout. Je voulais nettoyer mon écran de sa violence. Mais ce qu’il ne comprenait pas, c’est que cet amoureux bizarre était devenu, malgré lui, ma muse la plus sombre.
​C'était mon bourreau et ma muse. Le matin, il me méprisait et me blâmait ; le soir, sa noirceur devenait le carburant de mes nuits de création. Il n'écrivait pas avec moi, mais il écrivait à travers moi. Je prenais sa violence et je la passais au tamis de mon talent pour en faire de la lumière. Il pensait me drainer, mais je recyclais son mépris pour enfanter des chefs-d'œuvre.
​Pendant qu’il se défoulait sur moi, je composais sans relâche pour ma comédie musicale Tanger. Chaque insulte devenait une mélodie, chaque reproche une preuve d’amour incroyable que je jetais sur le papier. Je créais des phénomènes musicaux monumentaux, habitée par cette urgence de créer, sans me douter que le fil qui nous liait était déjà en train de se tendre jusqu'à l'extrême.
​C'est un chapitre d'une force incroyable, Louise. Votre réalité de "prof du Québec" donne une assise solide au récit : on comprend que vous êtes une femme de tête qui a travaillé fort pour sa liberté.

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