Thursday, January 15, 2026

Chapitre 15 -15555555ok


​Chapitre 15 : Le Poids de l'Espoir

​— Allons-y ! Désolée de vous avoir fait attendre, dis-je à Joseph. Nous pouvons enfin partir. Nous allons avoir une belle journée.

​— Oui, répondit Joseph.

​Il savait bien ce qui s'était passé, mais il n'osa pas en dire plus pour le moment. Il s'en tint à la visite. Nous sommes allés voir la majestueuse Table Mountain, puis Greenmarket, le quartier des musulmans, avant de prendre la route pour les manchots. C'était fabuleux : la route en bord de mer, les flancs de montagnes de tous genres à perpétuité avec de drôles de formations rocheuses exceptionnelles. Mon père aurait bien aimé faire du « claim » de terrain ici pour découvrir ce qui se cachait sous ce sol rocailleux africain.

​Sauf que là, pendant qu'on roulait vers la plage, j'ai eu droit à une remontrance, la totale. Joseph voyait bien que j'écrivais des textos et il voulait en savoir plus sur ma vie, mes histoires d'amour. Comme il était à des lieues de mon pays et qu'il était marié, la route se prêtait aux confidences. Naturellement, je lui ai tout raconté. Il avait du flair et avait bien repéré que mon Andy n'était pas mon Andy, mon docteur de la Marine américaine, mais bel et bien un charlatan.

​Je lui avais pourtant expliqué que c'en était fini avec Bon Jovi ; je voulais simplement qu'il sache la vérité. Mon coup de foudre en avait pris un coup. Sortir avec une idole mariée de 66 ans était un peu fou, et Andy s'était simplement glissé dans mon quotidien sur TikTok. C’était un être gentil, plein de bonnes intentions, qui supportait beaucoup de causes humanitaires... et j'allais lui montrer que c'était vrai.

​La discussion s'est poursuivie jusque chez Berta, dans un petit port de mer, à déguster encore une fois des langoustes et des huîtres en parlant de mes histoires farfelues avec Andy. Joseph n'arrêtait pas de me raconter les histoires de ses amis au Rwanda, au Congo ou en Afrique du Sud, qui se faisaient arnaquer par les « Nigérians », ces séduisants charmeurs des réseaux sociaux. Ils escroquaient toutes les filles du monde pour leur voler leur argent. Joseph avait bien vu ce qui s'était passé à la banque.

​Pendant qu'on finissait le repas, je venais de recevoir un texto d'Andy qui m'avait chagrinée, et Joseph s'en était aperçu. Heureusement, ce pays était rempli de belles découvertes. Les manchots m'attendaient ; dommage, pas de baignade avec eux, l'eau était glaciale.

​Après une bonne séance photo, nous avons fait un arrêt dans un vignoble. Comme mes voyages sont toujours remplis d'aventures et de malheurs, là, j'étais servie. Le vignoble était manucuré au centimètre près, dans une ambiance sophistiquée, voire glaciale. Nous avons pris place à ce long bar surplombé d'un énorme lustre rouge. On a fait une dégustation et c'est presque Joseph qui a tout bu. Rien ne m'intéressait. Était-ce le vin qui était mauvais ou les mauvaises nouvelles que je recevais ?

​Devant un verre de champagne, je devais contacter l'agence de voyages Flirt. Ils avaient commis une erreur monumentale qui faisait boule de neige sur mon autre vol pour Johannesburg-Newark. Au lieu d'oublier mes amants farfelus en buvant du champagne, je devais jouer aux casse-têtes pour m'assurer de mon départ, car à partir de Cape Town, les vols sont toujours complets.

​Ensuite, nous avons fait un deuxième arrêt, beaucoup plus agréable, au vignoble Constantia. Là, j'ai vraiment été charmée. Est-ce le vin africain qui me fit délier la langue ? Joseph était un bon ami, un bon conseiller et un compagnon de voyage très gentil. Il voyait bien que j'étais dans la merde avec mes histoires d'amour de réseaux sociaux. Je ne voulais plus sortir de l'Afrique du Sud. J'étais bien, là-bas.

​De retour à Cape Town, j'avais bien réfléchi et j'avais cessé de regarder mon cellulaire. Arrivée dans ma chambre, j'ai fait une bonne sieste, puis je suis allée manger un petit quelque chose. Le réceptionniste ne voulait pas du tout que je sorte à l'extérieur.

​Le lendemain matin, je suis allée au marché aux fleurs, je suis retournée au Marché Vert écouter des chœurs de jeunes Africains chanter, puis j'ai découvert un autre marché. Je suis repartie pour Johannesburg dans l'espoir — toujours l'espoir — qu'Andy arriverait avec son fils pour me rejoindre et partir ensemble pour le Canada.

​Cela ne fut pas le cas.

​Il ne s'est jamais présenté. Je suis restée debout devant le comptoir de United Airlines, perdue dans mes pensées, à attendre ma carte d'embarquement pendant quatre heures dans l'espoir de le voir arriver en courant avec son fils... J'avais même acheté un énorme sac de biltong pour qu'ils puissent manger à bord, des cahiers pour son fils parce qu'il aimait écrire, et une casquette de l'Afrique du Sud pour tisser un lien.

​Puis, j'ai pris une grande respiration et je suis montée à bord, toute seule, comme une grande fille. C'était là que la grande aventure se terminait.

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