Chapitre 17
La Bouée et le Marin à la dérive
La vie avait ses hauts et ses bas... et cette saison automnale, aussi belle soit-elle, était également déprimante. Octobre ne semblait pas aller en s’améliorant. Le retour dans le néant fut plus dommageable que je ne l’aurais cru, et le mois fut très houleux. Il y avait quelque chose avec Andy qui n’allait plus, et moi, je devais faire avec ses sautes d’humeur.
Je m’accaparais avec mes chansons pour ne pas m’attarder à tout ça. Je me détachais tranquillement pas vite de ce voyage. Je m’étais pourtant dit que je devais me retirer, comme à l’habitude, loin de tout, et revenir à ma vie d’ermite en montagne dans ma cabane pour ne plus ressentir quoi que ce soit. Mais les messages d’Andy ne faisaient qu’enfoncer le fer dans la plaie. Qu’on le veuille ou non, on est tous accros à ces sites sociaux — TikTok, Instagram, WhatsApp, YouTube. Cela fait partie de nos mœurs aujourd'hui, même pour une ermite comme moi, et c’est pourtant là que je me suis fait prendre. Alors je m'étais juré de ne plus répondre à ses nombreuses invitations et de juste mettre mes chansons sans m’accrocher... mais il est dur d’être une ermite et de vivre en voyant combien de "clics" on aura pour la prochaine chanson. Je ne faisais pas de marketing, j’investissais dans l’humain.
Pourtant, au milieu de cette houle, il y avait eu des promesses. Des mots forts, comme des ancres qu’il jetait pour me retenir. Il disait qu’il allait tout laisser derrière lui, la Marine, sa retraite, tout pour venir me rejoindre. Je l’attendais même pour Thanksgiving, ici au Canada. Mais tout ça, ce n’était que de la foutaise. De la merde, encore et encore. Quand allais-je mettre fin à tout ceci ?
Le 11 octobre, je commençais à ne plus y croire. Il y avait anguille sous roche avec ce beau Andy. Je sentais qu'il était dans une tempête sans nom, que la houle montait et qu'il allait au-devant d'un naufrage. Ce marin semblait avoir un besoin désespéré d'une bouée de secours. On sentait qu'il était tourmenté à l'idée de quitter la Marine pour rejoindre Louise. Il garde un secret en lui qu’il veut avouer, mais il est chaviré, alors il me repousse.
Au bout du rouleau, face à ses niaiseries absurdes et ses messages mesquins, j'ai choisi de ne pas chercher la guerre. Je suis loin d'un Marine de la Navy américaine ; je cherche la paix et j'évite les embrouilles. Il m'a demandé de me "recentrer", alors je l'ai fait. J'ai utilisé la sagesse spirituelle indienne, chinoise et nord-américaine pour m'aider. Pour être un grand sage, il faut s'impliquer dans le don et trouver la richesse de l'humanité. Comme le dit Fratelli Tutti, la sagesse mondiale est le fruit du dialogue.
J'ai pris un cours accéléré avec Gemini pour me recentrer selon la doctrine du Wu Wei : on laisse couler, et on utilise l'humour pour alléger le fardeau. Je lui ai alors texté avec toute mon équanimité :
« J’espère que tu as bien dormi. Je me suis recentrée comme tu l’as demandé. J’ai réalisé que dans notre relation, l’équanimité est la fondation sur laquelle ma paix intérieure est bâtie. Tu es mon ancre solide qui permet au bateau de mon "moi" de naviguer sur les mers agitées du monde, tout en restant centrée dans la confiance. Ton engagement me donne une sécurité interne sans que je m'enfuie. On n'a pas encore atteint la perfection, mais c’est acceptable selon la pratique du Wabi-sabi. »
Mais comme je savais qu'il y avait anguille sous roche, et parce qu'au Canada, on sait que l'humour peut apaiser les tempêtes, j'ai fini par écrire cette chanson : "This is how we say sorry in Canada". C'est ma façon de bombarder sa noirceur avec de la paix, de l'harmonie et un peu de magie "Peace and Love".
En me tournant vers ces sagesses anciennes, j'ai compris l'essentiel : une sage ne cherche pas à détruire l’autre, même celui qui nous blesse ou qui nous ment. Elle cherche avant tout à rester en paix.
Je reste donc calme et zen et j'attends que la tempête se passe.
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