Chapitre 12
J’avais enfin fini par déposer mes bagages dans ma belle "glam tent", mais aussitôt, le chauffeur nous appelait pour explorer le site et nous montrer les toilettes et les douches. La marche était quand même longue, une perspective peu réjouissante pour se lever la nuit. Il nous avait donné des walkie-talkies au cas où l’envie nous prendrait ou qu’un visiteur de la brousse nous attaquerait. C’était parfait, il n’y avait que nous sur ce site. J’ai fermé la fermeture éclair, puis la deuxième. J’ai branché tous mes chargeurs et j’ai envoyé un petit coucou mental à tout le monde.
J’étais claquée. Andy semblait quand même heureux de me retrouver vivante, même s'il n'avait pas l'air de me croire vraiment. De mon côté, je ne lui avais pas dit que j’avais reçu de l’argent de mes années d’enseignement au Québec juste avant mon départ ; c’était mon assurance pour faire ce que je voulais de mes vacances, grâce à cet argent tombé du ciel. J’avais entendu la Colombienne — la fofolle avec son petit foulard dans les cheveux — qui allait se doucher. Elle cherchait le trouble, celle-là. J’avais même entendu un éléphant pendant qu’elle était au fond du camp. On m’avait pourtant bien dit de ne pas sortir seule, mais au diable. J’avais envie. Je me suis installée dos à la lune pour surveiller les ombres au sol, et je vous jure que j’ai pissé à une vitesse phénoménale.
Mais après, une fois tout refermé, on ne voit plus rien dehors. C'est stressant, je crois que je préfère une fenêtre finalement. Il fallait être prête pour 5h45. On ne nous épargnait pas les levers tôt ici ; il faut être matinal, sinon les safaris ce n’est pas pour vous. Le temps de ramasser tout le monde et de déjeuner, nous étions au vrai parc Kruger vers 9h. En sortant de ma tente, des singes mangeaient dans notre jeep, c’était rigolo. On a passé la journée dans le parc, c'était génial. Dès notre arrivée, on a vu le lion blanc et les autres lions. C'était fantastique. On s'est arrêtés pour dîner, j'ai sorti du cash au cas où, et l’après-midi, j’étais la seule à réussir à photographier le léopard. Un moment incroyable, car ces animaux sont les meilleurs pour jouer à cache-cache. Pendant la route, je partageais mes photos avec ma mère et Andy.
Le soir venu, on ne retournait pas dans la même tente. Quelle horreur ! Il commençait à pleuvoir, on ne voyait que dalle. Il fallait déposer des gens et reprendre la route entre les éclairs et le tonnerre. J'étais épuisée. La Colombienne et moi, on allait dans une autre "glam tent", mais on est carrément descendues en enfer. On avançait avec nos lampes frontales et nos valises qui bloquaient sans cesse sur les roches dans une sorte de cratère. Quand il nous a montré nos tentes... No fucking way. Ce n’était pas "glam", c’était la misère totale. Une porte en plywood.
J’ai carrément pété les plombs. J’étais à boutte, je n'arrêtais pas de pleurer. Ce n'était pas ce pour quoi j'avais payé. La Colombienne est venue me chercher pour souper, mais je suis restée là. Il n’y avait qu’une seule prise pour brancher mes appareils. J’étais frustrée. Le gars du camp m’a apporté un repas et un verre de vin, puis je suis retournée dans ma chiotte de tente. Un vrai boot camp de soldat, c’était l’enfer.
La fatigue m’avait envahie et je m’étais endormie par-dessus les couvertures, par peur d'y trouver des insectes ou des scorpions. Je portais encore mes vêtements de nylon pour les grandes chaleurs, mais ils étaient mouillés. L'humidité me glaçait et l'hypothermie s'installait. Je délirais presque, incapable de me lever. C’est le clic du WhatsApp qui m’a réveillée. C’était Andy. Il m’envoyait des messages vocaux. Je lui disais que j’avais trop froid, que je ne pouvais plus bouger.
Il a alors pris un ton impératif, presque militaire. Il m'a ordonné de me lever, de prendre des vêtements secs dans ma valise et de me changer. Je lui répétais que j'en étais incapable. Il a ordonné une deuxième fois, encore plus fermement, de retirer mes habits mouillés et de me glisser sous les couvertures. Sa voix était mon seul ancrage. Grâce à lui, j'ai trouvé la force de me changer et de m'emmitoufler. La chaleur est revenue. Je me suis endormie grâce à mon héros d’Andy. Sans ce clic et sa fermeté, je ne sais pas si j'aurais vu le lever du soleil pour la marche dans la brousse.
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